Meubles Ben Hamouda n'est pas une marque : c'est le nom d'un homme. Mahmoud Ben Hamouda est né à Tunis en 1950 et a appris la menuiserie très jeune — à l'âge où l'on apprend encore à écrire.
Il a fait ses classes dans plusieurs ateliers, aux côtés de maîtres qui savaient encore prendre le temps de montrer. C'est là qu'il a tout pris : la lecture du bois, la justesse de la coupe, la patience de la finition. Et une conviction dont il n'a jamais dévié — un atelier se juge à ce qui en sort, pas à ce qu'il promet.
Quand il a ouvert le sien, il était encore jeune. Il n'en aura jamais eu qu'un seul. Le métier y était complet : du meuble et de l'agencement pour les particuliers, des portes, des fenêtres et de la menuiserie de chantier pour les professionnels du bâtiment. Le client venu pour une cuisine et l'entreprise venue pour un immeuble entier entraient par la même porte.
Trois choses ne se discutaient pas chez lui : la finition, le respect du délai et la satisfaction du client. Un meuble n'était pas fini parce qu'il était monté, mais parce qu'il ne restait plus rien à reprendre dessus. Une date annoncée n'était pas une estimation. Et tant que le client n'avait pas dit que c'était bien, le travail n'était pas terminé. Il a tenu cette ligne pendant quarante-cinq ans, sur une cuisine comme sur un chantier.
Une pièce qui sort d'ici porte notre nom.
Né à Tunis, il découvre la menuiserie très jeune. Il ne fera jamais autre chose.
Il passe par plusieurs ateliers, auprès d'artisans chevronnés qui lui transmettent le métier dans les règles — le seul diplôme qui comptait à l'époque, et le plus exigeant.
Encore jeune, il se met à son compte et ouvre l'atelier qui porte son nom. Il n'en aura jamais qu'un seul, et il y restera toute sa vie.
L'atelier grandit : de nombreux employés, plusieurs showrooms, du meuble sur mesure pour les particuliers et de la menuiserie de chantier — portes, fenêtres, agencements — pour les entreprises du bâtiment.
Quand il n'a plus pu tenir cette échelle, il n'a pas baissé le rideau : il a réduit la voilure et renoncé aux showrooms pour garder l'essentiel — l'atelier, ses machines et son équipe.
Il s'éteint à 75 ans. L'atelier, lui, n'a jamais fermé : il tournait encore le jour de son départ, et il tourne toujours.
L'atelier a toujours été une entreprise de menuiserie, et rien d'autre : des meubles, des cuisines, des portes, des fenêtres, des chantiers pour les entreprises du bâtiment. C'est le travail qui faisait vivre la maison, et Mahmoud ne s'en est jamais détourné. Mais à côté de la production, il y avait autre chose, qui ne figurait sur aucun devis : il n'a jamais refusé un jeune qui poussait la porte pour apprendre.
Ils ont été nombreux à passer par ses établis. Certains le temps d'un été, d'autres pendant des années. Il les mettait sur des tâches simples, puis sur des pièces vraies, et il corrigeait sans se lasser — parce qu'un geste ne s'explique pas, il se montre, se rate et se recommence. Plusieurs de ceux qui sont arrivés chez lui en curieux sont repartis menuisiers. Quelques-uns ont ouvert leur propre atelier ; d'autres sont restés, et travaillent encore ici.
Il n'en tirait aucune gloire et n'en parlait pas beaucoup. Sa logique était simple : un jeune qui tient un vrai métier entre les mains tient aussi sa vie. Il a de quoi gagner son pain, une fierté quand on lui demande ce qu'il fait, et une raison de se lever le matin qui le garde dans le droit chemin. La menuiserie est un métier noble, exigeant et honnête ; pour lui, en donner l'accès à quelqu'un valait bien le temps que ça prenait. C'est aussi ce qui explique la fin de son parcours : le jour où il a fallu choisir, il a fermé des showrooms plutôt que l'atelier — on peut se passer d'une vitrine, pas d'un établi.
Cet accueil ne s'est pas éteint avec lui. Les élèves et les étudiants qui veulent découvrir la menuiserie peuvent toujours faire un stage d'été chez nous : voir comment on travaille, mettre les mains dans le bois, comprendre ce qu'est un chantier. Nous continuons parce que c'est utile pour eux, et parce que c'est la seule chose de cet atelier qu'il nous a demandée sans jamais le dire.
Des principes qu'il n'a jamais écrits nulle part, et que personne ici n'a besoin de relire. Les trois premiers passaient avant tout le reste.
C'est là qu'il regardait en premier. Un meuble n'est pas fini quand il est monté : il est fini quand il n'y a plus rien à reprendre dessus, y compris sur les faces que personne ne verra.
Une date annoncée n'est pas une estimation. Il préférait annoncer large et livrer avant, plutôt que faire attendre quelqu'un qui avait organisé sa vie autour de la nôtre.
Tant que le client n'avait pas dit que c'était bien, le travail n'était pas terminé. On reprend, on ajuste, on revient — et on ne discute pas la remarque de celui qui va vivre avec le meuble.
Un prix annoncé est le prix payé. Pas de supplément découvert en cours de route, pas de mauvaise surprise à la livraison.
Choisir la bonne essence, la laisser travailler, ne jamais la forcer. Mesurer deux fois, couper une fois. Le bois se venge des raccourcis.
Montrer, corriger, recommencer. Un métier qu'on garde pour soi meurt avec soi.
J'ai appris la menuiserie ici, à côté de lui, bien avant de savoir que j'en ferais un métier. Aujourd'hui je fais tourner l'atelier avec la même équipe : les mêmes compagnons, aux mêmes établis, ceux qui l'ont connu et qui connaissent cette maison mieux que personne. Personne n'est parti, personne n'a été remplacé.
C'est ce qui compte le plus à mes yeux : quand vous nous confiez un travail, ce sont les mains qu'il a formées qui s'en occupent, avec les gestes qu'il leur a appris.
Nous avons modernisé nos outils : un logiciel de gestion développé sur mesure, ce site, un suivi précis de chaque affaire, de chaque planche et de chaque délai. Ce n'est pas pour changer l'atelier, c'est pour que sa façon de travailler tienne dans le temps. La technologie s'occupe des papiers ; le bois, lui, se travaille toujours de la même manière.
Et l'atelier reste ce qu'il en a fait : un lieu de production sérieux, où un jeune qui veut apprendre trouve toujours quelqu'un pour lui montrer.
Je ne porte pas cela seul. Nous sommes ses trois enfants — mes deux sœurs et moi — et ce que notre père a bâti nous revient à tous les trois. Nous avons décidé ensemble que cet atelier continuerait : il ne s'arrêtera pas avec lui, et il ne tiendra pas sur une seule paire d'épaules.
Si nous continuons, ce n'est pas seulement pour faire vivre une entreprise : c'est pour lui. Tant que l'atelier tourne, son métier se transmet, son histoire se raconte, et il reste présent dans quelque chose de bien réel. Un homme ne s'efface pas tant que ce qu'il a fait de ses mains tient debout. C'est notre façon, à nous ses enfants, de l'honorer et de le garder parmi nous.
Chaque meuble qui sort d'ici porte son nom. C'est la meilleure façon que nous ayons trouvée de lui dire merci.